Découverte : l’incroyable rébellion des femmes à la mode masculine au XIXe siècle

Une exposition qui explore un aspect méconnu de la mode féminine

Le 26 septembre prochain, le Palais Galliera à Paris ouvrira une grande exposition intitulée Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe siècle. Elle mettra en lumière un aspect peu connu de l’histoire de la mode : l’appropriation progressive du vestiaire masculin par les femmes au XIXe siècle.

Une démarche riche en œuvres et en histoires personnelles

L’exposition présente près de 500 œuvres, dont de nombreuses pièces de mode : costumes d’amazones, pantalons, costumes tailleurs, cravates, nœuds, haut-de-forme… Elle intègre également des peintures, affiches et photographies inédites, notamment la garde-robe exceptionnelle de Rosa Bonheur. La célèbre peintre, qui a obtenu une dérogation officielle pour porter des vêtements d’homme, y est représentée dans des tenues masculines. La commissaire de l’exposition, Martine Kisiel, responsable des collections de mode au Palais Galliera, a orchestré cette mise en scène passionnante.

Une histoire inédite de l’émancipation féminine à travers la mode

Ce récit s’appuie sur des œuvres variées, notamment des costumes, des peintures et des documents. Il montre comment la mode a été un vecteur d’émancipation pour les femmes, dès la fin du XVIIIe siècle. À cette période, des figures comme Olympe de Gouges ou Théroigne de Méricourt réclamaient des droits civiques et politiques pour les femmes. La mode a accompagné cette lutte, en permettant notamment aux femmes de s’habiller en homme, symbolisant leur volonté d’égalité et de liberté.

Le rôle du costume d’amazone dans la rupture des codes

Le costume d’amazone, porté par des femmes à cheval, marque une étape clé. Composé d’un corsage, d’une jupe déployée et d’un pantalon dissimulé, il permettait aux femmes de se déplacer librement. Ce vêtement, inspiré des guerrières mythologiques, symbolise leur capacité à agir par elles-mêmes. À partir des années 1890, le pantalon cycliste ou le bloomer deviennent des symboles de cette émancipation. Leur port provoque la peur et la moquerie dans une société encore très genrée.

La figure de la « new woman »

La « new woman », ou femme nouvelle, incarne cette émancipation. Elle revendique une inversion des rôles traditionnels, en prenant part à la vie publique et en adoptant des vêtements masculins. Dès 1872, le mot « féministe » apparaît dans un contexte péjoratif, avant d’être réapproprié par des militantes comme Hubertine Auclert, pour valoriser la lutte pour les droits des femmes.

Le costume tailleur, un symbole de liberté

Au tournant des années 1890, le costume tailleur s’impose dans la garde-robe féminine. Issu des influences des tailleurs amazoniers, il devient un vêtement pratique pour la vie active, le sport ou les voyages. Rendu accessible par les grands magasins, il accompagne aussi les suffragettes et la lutte féministe. Aujourd’hui encore, ses formes restent présentes dans la mode contemporaine, avec des éléments comme le col tailleur, la jupe ou le pantalon.

Une interdiction persistante du port du pantalon

Jusqu’en 2013, l’interdiction de porter un pantalon pour les femmes restait en vigueur, en vertu d’une ordonnance de 1800. Au XIXe siècle, les femmes souhaitant porter des vêtements masculins devaient demander une autorisation de travestissement, comme Rosa Bonheur, qui a obtenu un permis pour porter des habits d’homme afin de travailler plus librement. Elle expliquait que les vêtements de son sexe étaient une gêne constante dans ses activités.

Les facteurs d’évolution sociale et vestimentaire

Les évolutions majeures du XIXe siècle, telles que le développement du sport, les luttes politiques des suffragettes, les guerres et les explorations, ont favorisé cette transformation. Des femmes comme Jeanne Dieulafoy, archéologue, portaient des vêtements d’homme lors de missions en Orient, et leur comportement a été accepté. Ces épisodes ont contribué à faire évoluer la place des femmes dans la société et leur rapport aux vêtements masculins.

Une mode qui dépasse les genres

La fin du XIXe siècle voit aussi l’essor d’accessoires inspirés du vestiaire masculin : nœuds, cravates, chapeaux, parapluies, bottines. Ces éléments, vendus aussi bien aux hommes qu’aux femmes, annoncent une mode unisexe, accessible à toutes et tous. Ces influences perdureront dans le temps, notamment avec des créateurs comme Gabrielle Chanel ou Yves Saint Laurent, qui ont réinterprété ces codes vestimentaires pour exprimer la liberté et la fluidité des genres.

Une mode toujours d’actualité

Le vestiaire masculinisé, porté par des femmes, reste un symbole de liberté et d’émancipation. La mode continue d’évoluer, mêlant féminité et masculinité, dans une logique de fluidité et d’échange entre genres. La démarche de cette exposition témoigne d’une histoire riche, souvent méconnue, mais essentielle à la compréhension des transformations sociales et vestimentaires des femmes.

Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe siècle, du 26 septembre 2026 au 14 février 2027, au Palais Galliera, musée de la Mode de Paris. La suite sur www.palaisgalliera.paris.fr.