Les services secrets australiens recrutent des femmes tech via Vogue

Une campagne de recrutement originale par les services secrets australiens

Les services de renseignement australiens ont décidé de changer leur approche de recrutement. Cette année, ils ont collaboré avec le magazine féminin Vogue Australia lors de leur sommet annuel Vogue Codes, dédié aux femmes dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques. Leur objectif : attirer de jeunes femmes issues du secteur de la tech pour devenir espionnes.

Pour la directrice générale de l’Australian Secret Intelligence Service (ASIS), Kerri Hartland, cette collaboration constitue une démarche inhabituelle. Elle a accordé une rare interview au magazine pour expliquer le métier d’agent secret. Elle a notamment évoqué la nécessité de comprendre rapidement une situation, d’identifier les motivations des personnes rencontrées et de s’adapter en toutes circonstances, grâce à d’importantes compétences relationnelles.

Une stratégie innovante face aux défis du recrutement

Le métier d’espionnage est difficile à promouvoir. Son secret et la confidentialité exigée empêchent souvent les anciens agents de partager leurs expériences, ce qui nuit à la visibilité et à l’attractivité de la carrière. À l’ère des réseaux sociaux, la reconnaissance publique est une caractéristique très recherchée, ce qui rend la profession moins accessible.

Chris Taylor, chercheur à l’Australian Strategic Policy Institute, souligne que convaincre quelqu’un d’embrasser une carrière passionnante tout en restant pratiquement anonyme est un véritable défi. La culture actuelle valorise la visibilité et la reconnaissance, ce qui peut dissuader certains profils de se lancer dans le renseignement.

Une communication nouvelle pour un service discret

Ce mode de communication, habituellement réservé à des campagnes de marketing ou de communication d’entreprises, n’est pas dans les habitudes des services de renseignement. Pourtant, l’ASIS a choisi cette année de s’associer à Vogue Codes, après avoir participé en tant qu’intervenant. Elle a même publié une interview de Kerri Hartland, qui a dévoilé son identité pour l’occasion. Elle a expliqué que le métier d’agent secret requiert des qualités telles que la capacité à analyser rapidement une situation, à cerner les motivations des individus et à s’adapter à toutes les circonstances.

Malgré un accueil mitigé de la part du public, l’ASIS a justifié cette démarche dans une déclaration à l’ABC : « Nous ne recherchons pas seulement des qualifications, mais aussi des qualités. C’est pourquoi nous voulons attirer une main-d’œuvre diversifiée, dont les perspectives et compétences renforcent la valeur que nous apportons au gouvernement. »

Pour renforcer cette nouvelle stratégie, l’agence a lancé un site internet, créé des comptes sur les réseaux sociaux comme Instagram, et la directrice générale a participé à un podcast. Ces initiatives visent à moderniser l’image de l’agence et à toucher un public plus large.

Recrutement plus inclusif et diversifié

Participer au Vogue Codes permet à l’ASIS de rencontrer des profils qui possèdent déjà certaines qualités recherchées : des femmes débutant une carrière dans la tech ou l’ingénierie, ou qui créent leur propre entreprise dans un secteur concurrentiel.

Selon Penny Wong, ministre australienne des Affaires étrangères, il n’existe plus de profil unique d’agent. L’Australie a besoin de personnes qui pensent différemment, qui savent résoudre des problèmes et apporter des perspectives nouvelles. En allant chercher de nouveaux publics et en dépassant les circuits de recrutement traditionnels, l’objectif est d’inciter plus de personnes à envisager une carrière dans la protection du pays.

Le député Andrew Wallace insiste aussi sur la nécessité de diversifier les profils. Il souligne que les meilleurs talents peuvent venir de secteurs très différents et de tous horizons de la vie quotidienne. La représentation de la société australienne doit se refléter dans ses agents.

Malgré sa nature secrète, l’ASIS s’inspire désormais des méthodes de ses partenaires internationaux, comme le MI6 ou la CIA, pour moderniser sa communication et attirer de nouveaux profils.