Divorces en France : un impact majeur sur 380 000 enfants chaque année

En France, près d’un mariage sur deux se termine par un divorce, soit environ 45 %. Parmi les couples avec enfants, qu’ils soient mariés ou non, on compte environ 425 000 séparations chaque année, touchant près de 380 000 mineurs. Ces ruptures ont souvent des conséquences importantes sur leur équilibre émotionnel, leur vie scolaire et leur bien-être général.

Pourtant, la psychologue clinicienne Brune de Tappie insiste : « La séparation n’est pas traumatique en soi. » Elle souligne que ce qui peut l’être, c’est la manière dont elle est gérée. Pour préserver le mieux possible les enfants, il est essentiel de bien annoncer la séparation.

Selon elle, « votre enfant ne retiendra que le ton de votre annonce. » Le contenu du message, lui, « il le savait déjà ou allait le pressentir. » En effet, les enfants perçoivent souvent les émotions de leurs parents et ressentent ce qui se passe autour d’eux, même si les mots ne sont pas dits.

Préserver l’image des parents

Une fois la séparation annoncée, l’enjeu est de distinguer ce qui concerne la fin de la relation amoureuse de la responsabilité parentale. Brune de Tappie rappelle que « pour l’enfant, le plus protecteur est de pouvoir continuer à aimer ses deux parents, sans avoir à choisir ou à prendre parti dans leurs conflits. »

Pour cela, il est crucial de rester uni face à l’enfant avec l’autre parent. Même en cas de différends, il faut éviter de critiquer l’autre en public. « Ce qui compte pour un enfant, c’est d’avoir des parents épanouis et sereins, que ce soit ensemble ou séparés. » Cependant, l’experte insiste aussi : « L’exposition prolongée à des conflits, des dénigrements ou des tensions constantes peut être très délétère. »

Malgré la rupture, la famille reste une unité. « En niant l’existence de l’autre parent, on nie aussi celle de l’enfant dans sa psyché, » souligne-t-elle. Il faut préserver un discours positif sur la rencontre des parents et l’amour qui a permis la naissance de l’enfant. « Critiquer l’autre parent revient à faire vivre à l’enfant une forme d’attaque directe contre lui. »

Travailler sur sa propre histoire

Si le conflit avec l’autre parent est trop profond pour que vous puissiez rester neutre, Brune de Tappie recommande de « travailler sur sa propre histoire dans un espace dédié. »

La séparation ne concerne pas uniquement le couple. Elle peut réveiller des blessures anciennes, comme des sentiments d’abandon, d’injustice ou de trahison. Cela complique la distinction entre l’histoire conjugale et le projet parental. Un travail thérapeutique permet de « déposer cette conflictualité ailleurs, pour que l’enfant ne soit pas chargé de ses conséquences. »

La place du père dans la famille séparée

Le rôle du père évolue : aujourd’hui, ils sont plus nombreux à vouloir une implication quotidienne dans la vie de leurs enfants. « Ils revendiquent une place pleinement reconnue auprès d’eux. »

Selon la DREES, le temps de présence des pères auprès des jeunes enfants a augmenté de 2h30 par semaine en 20 ans. Le congé paternité est passé de 11 jours en 2002 à 25 jours en 2021. Après une séparation, si la garde alternée reste minoritaire, la majorité des enfants vivent chez leur mère. Cependant, cette proportion a légèrement augmenté, passant de 3 % en 2018 à 4 % en 2023.

Ce changement peut rendre la séparation plus complexe, car il ne s’agit plus seulement de rompre, mais aussi de réorganiser les liens au sein de la famille. Brune de Tappie note que « la question n’est plus seulement celle de la rupture du couple, mais aussi du réaménagement des places. »

Quand consulter un professionnel pour son enfant ?

Faut-il emmener systématiquement son enfant consulter en cas de divorce ? La première étape consiste à observer son comportement. Si votre enfant manifeste des comportements inquiétants — comme des émotions larvées, des réactions disproportionnées ou un manque de recul — il peut être utile de consulter.

Des groupes de parole ou des ateliers pour enfants de parents séparés peuvent aussi aider. « Ils permettent à l’enfant de voir qu’il n’est pas seul face à ce bouleversement et de mettre des mots sur ce qu’il vit, » explique la psychologue.

Ces espaces d’échange aident souvent l’enfant à exprimer des sentiments qu’il ne peut pas toujours verbaliser devant ses parents. Cela permet aussi aux parents de mieux comprendre ce que traverse leur enfant et de s’adapter à ses besoins, surtout dans une période où chacun peut être envahi par ses propres émotions.

Et après la séparation ?

Il est essentiel d’accompagner son enfant avant et pendant la séparation. Mais l’après ne doit pas être négligé. Si vous avez un nouveau partenaire, il ne faut pas en avoir honte. Au contraire, il faut respecter la place de chacun et le rythme de l’enfant.

Votre enfant pourra ressentir des émotions contradictoires : il peut être content pour son parent tout en se sentant coupable, craindre de perdre une place ou espérer une réconciliation. Si la reconstruction familiale est difficile pour lui, il peut être utile de consulter un spécialiste pour l’aider à exprimer ses sentiments.

Brune de Tappie précise que « l’enfant n’a pas à devenir immédiatement proche du nouveau partenaire, ni à lui attribuer une place parentale. »