Ces femmes qui révolutionnent la Champagne avec passion

Dans la région Champagne, de nombreuses femmes jouent un rôle essentiel dans des savoir-faire traditionnels et innovants. Entre artisanat, agriculture et enseignement, cinq d’entre elles nous ont fait découvrir leurs univers, riches d’inspiration et de passion.

Alcée Montfort : transmettre l’art horloger

Alcée Montfort est à la tête de Maison Alcée, une petite entreprise rémoise spécialisée dans l’horlogerie. Issue d’une famille passionnée par le verre, elle a découvert sa vocation dès l’adolescence. Après des études en école d’ingénieurs, elle travaille pour de grandes maisons comme Hermès, Cartier et Richemont, où elle se spécialise dans la réparation de montres d’exception.

Soucieuse de préserver un savoir-faire en danger, Alcée Montfort décide de créer sa propre entreprise en 2020. Elle propose notamment à ses clients de construire eux-mêmes leur horloge à partir d’un coffret contenant 233 composants. Un projet innovant qui permet de rapprocher le public de l’art horloger, souvent réservé à un milieu masculin. Elle souligne que, malgré la rareté des femmes dans ce secteur, son approche positive lui a permis de s’imposer dans un univers encore très masculin.

Cynthia Fossier : l’éveil des bulles

Depuis 11 ans, Cynthia Fossier est la première femme à occuper le poste de cheffe de cave chez Canard-Duchêne, une maison de champagne fondée en 1868. Elle veille à ce que chaque cuvée conserve ses trois piliers : le fruité, l’équilibre et la fraîcheur. À 24 ans, elle a bravé les préjugés liés à la domination masculine dans ce milieu. Aujourd’hui, elle œuvre pour la féminisation progressive du secteur.

Originaire des Ardennes, elle a étudié l’œnologie à Reims avant de rejoindre la maison en 2019. Elle confie que si le goût du champagne n’a pas changé depuis qu’elle est devenue cheffe de cave, sa personnalité s’y est intégrée. Elle dirige une équipe majoritairement féminine, responsable de la production annuelle de 3 à 4 millions de bouteilles issues de 30 hectares de vignes.

Nawal Rezagui : de la cuisine marocaine à l’étoile

Originaire du Maroc, Nawal Rezagui a débuté sa carrière dans l’informatique avant de se reconvertir dans la restauration. En 2012, elle arrive en France et entame une formation culinaire. Après plusieurs expériences dans des restaurants en France, en Allemagne et sur l’île d’Yeu, elle prend les commandes du restaurant l’Alcôve à Vinay.

Avec une cuisine mêlant traditions marocaines, françaises et japonaises, elle s’attache à proposer une gastronomie ambitieuse. En mars dernier, son travail a été reconnu par le Guide Michelin, qui lui a décerné une étoile. Elle devient ainsi la première cheffe marocaine étoilée, une reconnaissance de ses talents et de son engagement dans un secteur encore majoritairement masculin.

Anne-Catherine Perreau : maître verrier à Reims

Anne-Catherine Perreau est la cheffe d’atelier des vitraux chez Simon-Marq, à Reims. Passionnée par le verre depuis l’enfance, elle s’est spécialisée dans les métiers d’art du vitrail après des études artistiques et plusieurs expériences à l’étranger. Son amour pour la lumière et la transparence l’a conduite à travailler avec des artistes contemporains et à participer à des projets prestigieux, comme la création de vitraux pour la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Elle aspire aujourd’hui à travailler sur des lieux emblématiques tels que la Sagrada Família. Son rôle consiste à coordonner les artisans et à apporter sa créativité pour réaliser des vitraux qui évoquent des émotions et jouent avec la lumière, dans un métier qu’elle considère à la fois technique et poétique.

Céline Savoye : transmettre le design et l’art

Directrice de l’École supérieure d’art et de design de Reims, Céline Savoye a une carrière riche dans le domaine de la culture et du design. Formée à l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne, elle a aussi travaillé dans la commissariat d’exposition et dans la gestion de collections, notamment au château de Versailles.

Depuis 2023, elle pilote un projet majeur : la construction de nouveaux locaux pour l’école, afin d’accroître son ouverture sur la ville et d’améliorer les conditions d’apprentissage. Engagée dans la transmission du savoir, elle souhaite former des designers capables d’interroger la matière vivante, notamment à travers le design culinaire, une discipline innovante qui explore la relation entre alimentation et création artistique.