Benjamin Putois, psychologue : « Les célibataires de plus de 50 ans qui n’arrivent pas à se caser ne sont pas trop difficiles, ils partagent tous la même peur »
À force d’enchaîner les rencontres sans trouver la bonne personne, certains célibataires finissent par se demander s’ils n’en demandent pas trop. Un psychologue remet les pendules à l’heure.
Passé 50 ans, on n’a plus forcément envie de perdre six mois avec quelqu’un pour découvrir qu’on n’a rien en commun. On connaît ses goûts, ses habitudes et surtout les défauts qu’on n’est plus prêt à supporter. Alors, au moindre rendez-vous décevant, on préfère parfois passer au suivant. Mais à force d’écarter les prétendants, ne risque-t-on pas de rester célibataire pendant des années ?
Pour Benjamin Putois, psychologue, chercheur rattaché à l’Inserm et à UniDistance, et auteur du livre Retrouvons l’amour – Célibataires et parents isolés, aux éditions Odile Jacob, la situation est souvent plus compliquée qu’il n’y paraît. Dans une interview, il s nous a expliqué que beaucoup de personnes célibataires après 45 ou 50 ans ont vécu des séparations particulièrement difficiles, parfois même des violences. « Il y a une ambivalence entre trouver l’amour et ne plus avoir mal », observe-t-il. Et cette peur de souffrir à nouveau peut les pousser à écarter des partenaires qui auraient pourtant pu leur convenir.
Alors, sont-elles trop difficiles ? Pour le psychologue, la réponse est non : « On n’est jamais trop exigeant. » En revanche, il faut placer ses exigences au bon endroit. Refuser un partenaire violent, macho ou irrespectueux est parfaitement légitime. Mais attendre le coup de foudre dès le premier café ou rechercher un physique très précis peut sérieusement compliquer les choses. « Les critères qui nous ferment inutilement des portes, ce sont ceux qui nous font chercher le coup de foudre », explique Benjamin Putois. Il conseille plutôt de se demander si la personne est sérieuse et si elle pourrait apporter du soutien au quotidien. Quant aux applications de rencontre, mieux vaut éviter de discuter avec quinze personnes à la fois. Benjamin Putois évoque le « paradoxe du choix » : plus les possibilités se multiplient, plus il devient difficile de décider. « Si on a trop de conversations parallèles, on a une surcharge cognitive », prévient-il. À force de comparer les profils, on finit surtout par saturer.
« Le sentiment amoureux peut arriver progressivement »
Le psychologue conseille de laisser une chance aux relations qui commencent doucement. Il raconte le cas d’une patiente habituée aux histoires toxiques, qui découvre un homme capable de la complimenter et de lui faire des remarques positives. Elle ne ressent pas la passion débordante de ses précédentes relations, mais apprécie son comportement et se sent bien avec lui. « Elle est dans le réconfort et non dans la passion amoureuse. Ça pourrait donc être une très belle histoire pour elle », estime Benjamin Putois. D’autant que « le sentiment amoureux peut arriver progressivement ».
Pour éviter de reproduire les mêmes histoires, Benjamin Putois recommande de commencer par identifier ses besoins. « Qu’est-ce que vous ne voulez plus ? » demande-t-il à ses patients. Puis viennent les attentes positives : « Ça peut être le sentiment de sécurité, avoir quelqu’un à qui se confier, ça peut aussi être uniquement la sexualité. » D’autres rechercheront davantage de convivialité, des loisirs communs ou une bonne communication. Chacun peut avoir des priorités différentes, et l’essentiel est de les connaître avant de s’engager.
Source : Journal des femmes


