Crise de contraception : Pourquoi de plus en plus de femmes abandonnent la pilule

Une tendance préoccupante : de plus en plus de femmes n’utilisent aucune contraception

Depuis plusieurs années, on observe un changement notable dans les comportements en matière de contraception en France. Alors que certaines femmes se détournent des contraceptifs hormonaux, notamment la pilule, elles sont également plus nombreuses à ne pas en utiliser du tout. Nathalie Bajos, directrice de recherche à l’Inserm, explique cette évolution.

Un contexte marqué par des alertes sanitaires

En septembre, l’agence du médicament a annoncé que 1,6 million de femmes ayant pris une pilule contenant du désogestrel allaient recevoir un courrier. Ce document les informera du risque accru de développer un méningiome, une tumeur au niveau des méninges. Bien que ce risque soit faible, cette information contribue à la méfiance croissante envers la pilule contraceptive.

Une mutation du paysage contraceptif

Selon Nathalie Bajos, la manière dont les femmes conçoivent et utilisent la contraception a profondément changé. L’enquête nationale « Contexte des Sexualités en France » (CSF), portée par l’Inserm et Santé publique France, révèle que le non-recours à la contraception progresse chez les femmes âgées de 18 à 49 ans. En 2023, près d’une femme sur dix (9%) n’utilise aucune méthode contraceptive lors de rapports sexuels, contre 4% en 2010 et 8,4% en 2016.

Les causes de cette augmentation

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance. Tout d’abord, des obstacles financiers touchent particulièrement les femmes issues de milieux défavorisés, les migrantes ou celles ayant un accès limité aux soins. Ces barrières restent le principal frein à l’utilisation de contraceptifs.

Par ailleurs, le scandale concernant les pilules de troisième génération a renforcé le rejet des méthodes hormonales. Beaucoup de femmes préfèrent désormais éviter la médicalisation et souhaitent partager la responsabilité contraceptive avec leur partenaire.

La jeunesse est également concernée : les jeunes femmes, souvent en situation de précarité ou d’incertitude, se tournent moins vers la contraception classique. Elles privilégient parfois des méthodes barrières comme le préservatif ou le diaphragme, mais leur utilisation reste marginale. La modification de leur rapport à la sexualité, avec plus de partenaires et une sexualité moins centrée sur la pénétration, influence aussi ces choix.

Les enjeux liés à la maîtrise de la contraception

La hausse des grossesses non désirées et des interruptions volontaires de grossesse (IVG) est souvent évoquée. Nathalie Bajos précise qu’il ne faut pas parler d’une maîtrise moins bonne, mais d’une couverture contraceptive insuffisante. La situation actuelle pousse aussi à une réflexion sur la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST), qui connaissent une recrudescence chez les jeunes.

Les informations disponibles sur la contraception sont parfois contradictoires ou alarmistes, ce qui complique le choix des jeunes. Le discours anti-pilule, souvent excessif, contribue à la méfiance. Il est important de continuer à promouvoir une information fiable et équilibrée.

Le préservatif, une solution encore sous-utilisée

Malgré son importance pour la prévention des IST, le préservatif est peu utilisé lors du premier rapport avec un nouveau partenaire. La majorité des femmes ne le considère pas comme une méthode contraceptive principale, ce qui limite son usage pour cette finalité.

Les méthodes naturelles : une tendance à surveiller

La popularité croissante des méthodes naturelles, comme le retrait ou le calcul des dates d’ovulation, soulève des préoccupations. Ces techniques, moins efficaces, exposent à un risque accru de grossesses non prévues et d’IST. Cependant, elles reflètent aussi un changement dans la perception de la contraception. L’essentiel est que les femmes soient bien informées de leurs limites et des risques.

Quelle méthode privilégier ?

Selon Nathalie Bajos, la méthode la plus adaptée est celle qui convient le mieux à chaque femme. Il ne faut pas oublier que l’efficacité perçue diffère selon la situation personnelle. Par exemple, une jeune fille dans un environnement où elle ne peut pas avoir de rapports doit pouvoir accéder à une contraception adaptée, sans risque de rejet ou d’oubli.

Il est crucial d’assurer un accès facile et gratuit à toutes les méthodes. La diversité des options doit être respectée, car il n’existe pas de méthode sans risques ni de solution parfaite. Le choix doit rester libre, pour que chaque femme et chaque homme puissent définir ce qui leur convient le mieux.