Les femmes célibataires et libérées : un mythe à démystifier
Il est courant de penser qu’une femme seule qui enchaîne les rencontres a un problème. Dans les conversations ou sur les applications de rencontres, le message qui revient souvent est que le sexe occasionnel chez les femmes serait le signe d’une faible estime d’elles-mêmes, d’un cœur fragile ou d’un vide intérieur.
Cependant, une étude psychologique publiée en 2024 remet en question ce cliché. Elle s’appuie sur des chiffres plutôt que sur des jugements. Deux sociologues, Susan Sprecher et Julie Verette-Lindenbaum, ont analysé les réponses de 8 112 étudiants d’une université du Midwest américain, interrogés entre 1990 et 2019. Leur recherche, publiée dans la revue Personality and Individual Differences, montre que la capacité à avoir des relations sexuelles sans engagement, appelée « sociosexualité », n’est pas liée à une faible estime de soi, que ce soit chez les femmes ou chez les hommes. Les corrélations entre ces deux aspects sont très faibles, voire inexistantes.
Ce que l’étude révèle sur les femmes célibataires
Les chercheurs ont évalué plusieurs dimensions de l’estime de soi : celle globale, relationnelle ou liée à l’apparence. Ils ont également mesuré différents aspects de la sociosexualité : comportements, attitudes et désirs. Ces travaux prolongent une étude de 2021 qui montrait qu’on stéréotype souvent les femmes recherchant des relations sans lendemain comme ayant une faible estime d’elles-mêmes.
Selon Susan Sprecher, chez les femmes, un désir élevé pour des relations sans engagement s’accompagne parfois d’une estime de soi un peu plus basse, notamment dans le domaine amoureux. En revanche, celles qui se considèrent comme de bonnes partenaires ont tendance à avoir moins de comportements de sexe occasionnel. Chez les hommes, c’est presque l’inverse : plus ils ont de partenaires occasionnels, meilleure est leur image corporelle et leur estime de soi. Enfin, fantasmer souvent sur d’autres partenaires est associé à une confiance moindre dans leur rôle de partenaire amoureux, quel que soit le genre.
Les stéréotypes et la réalité des femmes célibataires
En France, une enquête de l’INED et de l’INSEE réalisée en 2013-2014 indique qu’environ 21 % des 26-65 ans ne vivaient pas en couple. Pourtant, le couple est souvent présenté comme la voie « normale » du bonheur. Un sondage britannique cite par Psychologies montre que 61 % des célibataires se disent satisfaits de leur situation, contre 49 % chez les hommes. De plus, 75 % des femmes célibataires n’ont pas cherché de relation dans l’année écoulée.
Malgré cela, des études montrent que des stéréotypes négatifs persistent. Les célibataires, surtout les femmes, sont souvent considérés comme ayant des mœurs légères ou étant égoïstes. Le double standard sexuel est encore très présent : un homme actif sexuellement est valorisé, une femme active dans ce domaine est jugée négativement. La recherche de Kaitlin Krems indique que, même sans indication dans leurs réponses, hommes et femmes pensent souvent qu’une femme ayant des relations occasionnelles a une faible estime d’elle-même.
Comment ces résultats peuvent aider les femmes célibataires
Une revue de plus de 70 études, citée par Psychologue.net, montre que, dans la majorité des cas, les relations sexuelles occasionnelles apportent des émotions positives, surtout si elles sont choisies par désir et en accord avec ses valeurs. Selon un article du Journal of Sex Research, les personnes qui multiplient ces rapports ressentent un bien-être légèrement plus faible, mais cela reste une généralité avec de nombreuses exceptions. Ces travaux suggèrent que le véritable problème ne réside pas dans le sexe en lui-même, mais dans le contexte où il sert à combler un vide ou à chercher une validation extérieure.
Pour une femme célibataire en France, ces données offrent un repère simple : ni le nombre de partenaires ni l’absence de relation ne sont des indicateurs de sa valeur personnelle. La véritable question est plutôt : « Est-ce que ce choix respecte mes envies, mon corps et mes limites ? » Dans un contexte où beaucoup de femmes se déclarent satisfaites de leur vie, la science leur donne des arguments pour résister aux jugements et à la voix intérieure qui associe encore liberté sexuelle et faible estime d’elles-mêmes.


