Révolution dans l’amour : le désir redéfini par Clotilde Leguil

Lors des Rencontres philosophiques de Monaco, qui se tiennent du 24 au 28 juin sous la présidence de Charlotte Casiraghi, le thème central cette année est le désir. Parmi les intervenants, la philosophe et psychanalyste Clotilde Leguil partage ses réflexions sur l’amour et le rapport au désir.

Les rêves de fusion amoureuse doivent céder la place à un nouveau rapport au désir

Selon Clotilde Leguil, il est temps de repenser la façon dont nous concevons l’amour. Elle insiste sur le fait que les rêves de fusion totale entre deux personnes doivent laisser place à une nouvelle manière d’envisager le désir. Pour elle, l’événement amoureux, véritable rupture dans la vie, a le pouvoir de transformer profondément celui qui le vit. Elle rappelle que des figures comme André Breton et Paul Éluard ont baptisé « rencontre capitale » celle qui marque un tournant sans comparaison avec d’autres, un moment où l’on ne sera plus jamais le même.

Ce type de rencontre ne se limite pas à une simple coexistence ou à la satisfaction de critères. Elle implique un consentement à se déprendre de soi, à se laisser bouleverser par la présence de l’autre. C’est un acte de courage qui consiste à prendre le risque de devenir autre, de changer radicalement sa propre histoire. La rencontre qui fait événement est donc imprévisible et hors programme, car elle dépend d’un accord avec l’incertitude et la contingence.

Clotilde Leguil souligne que toutes les rencontres ne deviennent pas des événements majeurs. La différence réside dans la capacité à accepter l’imprévu et à risquer de se déprendre de soi pour l’autre. Elle insiste : il ne peut y avoir de coup de foudre ou de papillons dans le ventre sans un consentement à cette contingence, à cette incertitude qui rend la rencontre véritablement transformative.

Faire une place au malentendu

Pour la philosophe, consentir à l’événement amoureux, c’est aussi accepter le malentendu. C’est se déprendre de sa propre identité pour risquer d’être changé à jamais. Cela revient à désobéir aux discours qui nous encouragent à conformer notre désir ou à oublier notre singularité. C’est aussi explorer un territoire inconnu, inventer une langue étrangère qui fait résonner les secousses de l’événement.

Ce processus peut parfois mener à la perte de contrôle ou à un dépassement de soi, comme un effort pour fusionner à tout prix. Cependant, elle insiste sur l’importance de savoir faire une place au malentendu comme condition essentielle de l’amour. En abandonnant la recherche de la fusion totale, nous pouvons établir un rapport au désir plus équilibré et plus riche. La transformation par la rencontre devient alors une étape vers une vie plus authentique, plus ouverte.

Philosophe et psychanalyste, Clotilde Leguil a publié en 2025 « La Déprise. Essai sur les ressorts intimes de la désobéissance » aux éditions du Seuil.