Chaleur extrême : un danger crucial pour la santé des femmes en France
Les épisodes de chaleur, devenus plus fréquents et plus intenses en raison du changement climatique, ont un impact significatif sur la santé. Ils augmentent notamment le risque de maladies telles que les infarctus et les AVC. Cependant, ces risques sont moins bien pris en charge chez les femmes.
Après un épisode de chaleur exceptionnel en mai, un nouveau pic de canicule s’est installé en France. Il s’agit de la 52e vague de chaleur dans le pays depuis 1947, mais la moitié d’entre elles ont eu lieu après 2010, montrant que l’effet du changement climatique s’accélère. Les conséquences de ce phénomène deviennent de plus en plus visibles.
Selon un rapport d’Oxfam publié le 18 juin, la chaleur cause chaque année 5 398 décès en France. L’organisme rappelle que ses effets ne se limitent pas à la déshydratation des personnes âgées. Les vagues de chaleur augmentent aussi le risque d’insuffisance rénale aiguë, d’infarctus et d’AVC.
Mais tous ne sont pas également vulnérables face à ces risques. L’étude d’Oxfam souligne que le changement climatique aggrave les inégalités existantes, notamment entre hommes et femmes. Lors de la canicule de 2003, la mortalité chez les femmes avait été 15 % plus élevée que chez les hommes.
Risque accru de mourir d’un AVC
Une étude de 2022, publiée dans The Lancet et citée par Oxfam, indique que pour chaque degré supplémentaire de température, le risque d’AVC augmente de 3,8 %. La hausse de la pression sanguine et la concentration accrue de lipides dans le sang, causées par la chaleur, aggravent ce risque.
Le rapport souligne également que le système de santé est moins efficace pour gérer ces urgences. Une étude épidémiologique de mars 2025 révèle que les femmes hospitalisées pour un AVC ont 65 % plus de risques d’en mourir que les hommes. La reconnaissance tardive des symptômes chez les femmes est souvent en cause, selon la Dr Agathe Béranger.
Prise en charge inégale des infarctus
Les femmes sont aussi moins bien prises en charge pour les infarctus du myocarde. Lors des journées très chaudes, le risque de mortalité augmente de 7 %, et les femmes en meurent deux fois plus souvent que les hommes. Elles reçoivent souvent un traitement plus tardif, en moyenne trente minutes de plus, ce qui peut être fatal.
Selon Nabila Bouatia-Naji, chercheuse à l’Inserm, les femmes victimes d’infarctus présentent parfois des symptômes inhabituels, plus spécifiques à leur sexe. Elle appelle à mieux comprendre ces différences pour améliorer la prise en charge.
Oxfam recommande de renforcer la formation des professionnels de santé pour mieux diagnostiquer ces problèmes liés au genre. Elle insiste aussi sur la nécessité d’investir dans la recherche médicale spécifique aux femmes.
Les populations précaires plus vulnérables
Le rapport insiste sur la « double peine climatique » : les personnes précaires subissent davantage les effets de la chaleur. En 2025, la mortalité liée à la chaleur a été 31 % plus élevée dans les départements pauvres par rapport aux régions plus riches. Dans certains quartiers urbains favorisés, le risque d’exposition extrême est dix fois moindre.
Les femmes, en particulier, sont davantage touchées par ces inégalités. En 2024, elles représentaient 55 % des ménages pauvres et 57 % des bénéficiaires du revenu social d’activité. La majorité des familles monoparentales en situation de précarité sont dirigées par des femmes, selon la Ligue des droits de l’Homme.
A l’échelle mondiale, le changement climatique aggrave aussi les inégalités de genre. Un rapport de l’ONU de 2024 prévoit que d’ici 2050, jusqu’à 158 millions de femmes et de filles supplémentaires pourraient sombrer dans la pauvreté en raison de ces effets.


