Jeunes femmes : cette pratique sexy pourrait leur coƻter la vie

Une pratique sexuelle en pleine expansion chez les jeunes femmes

Depuis quelques annĆ©es, une pratique sexuelle centrĆ©e sur la pression du cou s’est largement rĆ©pandue chez les femmes de moins de 40 ans. PopularisĆ©e par la pornographie en ligne et relayĆ©e sur les rĆ©seaux sociaux, elle est souvent perƧue comme un jeu excitant. Pourtant, des neurologues constatent une augmentation des accidents vasculaires cĆ©rĆ©braux (AVC) chez de jeunes femmes ayant vĆ©cu ce type de rapport.

Cette pratique porte le nom de strangulation sexuelle, ou « chokingĀ Ā». Longtemps marginale et associĆ©e au BDSM, elle est dĆ©sormais courante chez les Ć©tudiantes et jeunes adultes. Selon des Ć©tudes relayĆ©es par l’universitĆ© de Bangor, citĆ©e par The Guardian, elle serait aujourd’hui la deuxiĆØme cause d’AVC chez les femmes britanniques de moins de 40 ans. Ce constat soulĆØve des questions sur ce qui se passe dans le cerveau lors de ces actes.

Une banalisation chez les moins de 40 ans

La strangulation sexuelle consiste Ć  serrer le cou de son ou sa partenaire avec les mains, un avant-bras ou un accessoire. Le but est de crĆ©er une sensation de vertige ou d’intensitĆ©. La chercheuse Debby Herbenick, de l’universitĆ© d’Indiana, explique que plus les jeunes sont exposĆ©s tĆ“t aux vidĆ©os pornographiques, plus ces comportements sont reproduits dans leur vie sexuelle.

Une enquĆŖte menĆ©e auprĆØs d’étudiants amĆ©ricains, publiĆ©e dans le Journal of Sexual Medicine, rĆ©vĆØle que prĆØs de la moitiĆ© des femmes interrogĆ©es ont Ć©tĆ© Ć©tranglĆ©es au moins une fois lors d’un rapport. Ce chiffre dĆ©passe largement celui des gĆ©nĆ©rations prĆ©cĆ©dentes, pour qui cette pratique n’était pas considĆ©rĆ©e comme partie intĆ©grante du « sexe violentĀ Ā». Chez de nombreux jeunes, elle est dĆ©sormais perƧue comme quelque chose d’attendu ou d’normal dans la relation sexuelle.

Ce qui se passe dans le cerveau lors d’un Ć©tranglement sexuel

Comprimer le cou ne se limite pas Ć  une simple pression Ć©rotique. Les veines jugulaires et les artĆØres carotides sont trĆØs proches de la surface. Une pression modĆ©rĆ©e peut rĆ©duire rapidement le flux sanguin vers le cerveau, entraĆ®nant parfois une perte de connaissance en quelques secondes. Des Ć©tudes amĆ©ricaines ont montrĆ© que chez des femmes Ć©tranglĆ©es Ć  plusieurs reprises, des marqueurs sanguins indiquant des lĆ©sions cĆ©rĆ©brales ont Ć©tĆ© dĆ©tectĆ©s, alors qu’ils Ć©taient absents chez les tĆ©moins.

Selon le rapport de l’universitĆ© de Bangor, cette pratique peut aussi provoquer des consĆ©quences neuropsychologiques sĆ©rieuses. Certaines victimes souffrent de pertes de mĆ©moire, de troubles du langage, de paralysie partielle ou de troubles dissociatifs. MĆŖme sans hĆ©matome visible, des troubles de l’humeur ou de la concentration peuvent apparaĆ®tre aprĆØs l’acte. Si les parois fragiles des artĆØres cervicales se dĆ©chirent, cela peut entraĆ®ner la formation de caillots pouvant migrer vers le cerveau, provoquant un AVC plusieurs semaines aprĆØs le rapport.

Les risques et la prƩvention

Ces lĆ©sions sont souvent sous-estimĆ©es, car beaucoup de femmes considĆØrent encore la strangulation comme un simple jeu. La psychologue Jane Meyrick insiste sur le fait qu’aucune mĆ©thode de privation volontaire d’oxygĆØne ou de sang ne peut ĆŖtre considĆ©rĆ©e comme sĆ»re. Des recommandations internationales sur la non-fatal strangulation conseillent de consulter en urgence si l’on prĆ©sente l’un des signes suivants :

  • Perte de connaissance, mĆŖme brĆØve, pendant ou aprĆØs le rapport
  • DifficultĆ© Ć  respirer ou Ć  avaler, voix rauque soudaine
  • Mal de tĆŖte intense, douleurs au cou, vertiges persistants
  • Faiblesse d’un cĆ“tĆ© du corps, trouble de la parole, confusion ou pertes de mĆ©moire

Au Royaume-Uni, certains supports scolaires conseillent par exemple de « ne jamais commencer Ć  Ć©trangler sans en parler avantĀ Ā». Pour Fiona Mackenzie, fondatrice du collectif « We Can’t Consent to ThisĀ Ā», ce type de message peut contribuer Ć  normaliser un geste potentiellement mortel. Lucy, une jeune femme interrogĆ©e par The Guardian, raconte avoir longtemps cru que l’étranglement faisait partie du « sexe moderneĀ Ā». Elle a finalement rĆ©alisĆ© qu’une sexualitĆ© saine pouvait se passer d’actes mettant en danger la vie.