Violences conjugales : 95 % des femmes ignorées par leur médecin
Une faible interrogation des femmes par les médecins généralistes sur les violences conjugales
Selon un rapport publié en mars par la Haute Autorité de santé (HAS), en 2025, seulement 5 % des femmes déclarent avoir été interrogées par leur médecin généraliste au sujet des violences conjugales lors d’une consultation récente. Pourtant, une majorité d’entre elles considère que ce questionnement serait bénéfique pour mieux repérer ces violences.
Une perception positive mais une pratique encore insuffisante
97 % des femmes interrogées estiment qu’un questionnement systématique de la part du médecin pour faciliter le repérage des violences conjugales est une bonne chose. Parmi les 876 femmes ayant consulté un médecin dans les 18 derniers mois, une sur cinq affirme subir ou avoir subi des violences de la part de son partenaire, qu’elles soient verbales, psychologiques ou sexuelles.
De ces victimes, 21 % ont déjà parlé spontanément de leur situation au médecin sans qu’on leur pose la question. En revanche, 39 % déclarent ne rien avoir dit, mais qu’elles auraient parlé si le médecin leur avait posé la question. À l’inverse, 35 % pensent qu’elles ne parleraient jamais de ces violences, même si elles en étaient interrogées.
Un accueil majoritairement favorable à la démarche
Les femmes victimes considèrent cette initiative avec beaucoup d’enthousiasme. Elles sont 89 % à la voir comme une démarche rassurante. La majorité d’entre elles préfère avoir un médecin de confiance, qui pourrait jouer un rôle clé dans la détection et l’accompagnement face à ces violences.
La recommandation de la HAS depuis 2019
Depuis 2019, la HAS recommande aux professionnels de santé de premier recours – tels que les généralistes, gynécologues, pédiatres, urgentistes ou sages-femmes – de poser systématiquement la question de violences à toutes leurs patientes. L’objectif est de lever le tabou et de faciliter la parole des victimes, même en l’absence de signes évidents.
Une pratique encore peu répandue
En 2025, seulement 5 % des femmes ont été interrogées à ce sujet lors d’une consultation récente, contre 3 % en 2022. La question de la relation avec le partenaire a été abordée chez 17 % des femmes, contre 14 % trois ans plus tôt. À titre de comparaison, la question sur la consommation de tabac a été évoquée chez 37 % d’entre elles cette année.
Le manque d’interrogation : un obstacle à la détection
Ces chiffres montrent que la majorité des femmes n’est pas systématiquement interrogée. Pourtant, 97 % d’entre elles pensent qu’un tel questionnement serait utile. La majorité d’entre elles se sent à l’aise avec leur médecin (93 %) et considère qu’un dialogue ouvert pourrait permettre de mieux prendre en charge les victimes.
Une majorité de victimes prêtes à parler si questionnées
Parmi celles qui ont été consultées récemment, 21 % ont déjà parlé de violences de leur propre chef. Cependant, 39 % déclarent qu’elles auraient parlé si le médecin leur avait posé la question. En revanche, 35 % pensent qu’elles ne parleraient jamais, même si on leur demandait.
Les victimes sont majoritairement favorables à l’initiative : 89 % la trouvent rassurante et pensent qu’elle pourrait favoriser leur écoute et leur soutien.
Le rôle du médecin, un « interlocuteur de confiance »
Depuis 2019, la HAS insiste sur l’importance pour les professionnels de santé de poser la question, même en l’absence de signes apparents. Le médecin doit devenir un « interlocuteur de confiance » capable de lever le silence autour de ces violences.
Le cadre légal pour dépasser la réticence des médecins
La crainte de violer le secret médical peut freiner certains médecins. Pourtant, depuis 2020, une dérogation existe. Le médecin peut signaler une situation de maltraitance sans le consentement de la victime si celle-ci est en danger immédiat ou sous l’emprise de l’auteur des violences.
Cette procédure permet de protéger la victime tout en respectant la législation. Elle s’applique notamment lorsque la victime est vulnérable ou en danger de mort. Le médecin doit alors informer la victime si possible, mais peut agir sans son accord si la situation le justifie.


