HPI : ces enfants exceptionnels qui posent toutes les questions

Certains élèves, dès qu’une consigne est donnée en classe, lèvent la main rapidement, posent plusieurs questions de suite ou soupirent si la réponse met du temps à venir. Beaucoup de parents découvrent alors que leur enfant fait partie des élèves à haut potentiel intellectuel (HPI), c’est-à-dire avec un quotient intellectuel supérieur ou égal à 130.

Depuis les années 1980, le psychologue Michael M. Piechowski a montré que ces enfants présentent des intensités intellectuelles, émotionnelles et imaginatives très fortes. En classe, Naïma Page observe que ces élèves cherchent activement le sens des mots, motivés par le besoin de comprendre. Ils utilisent souvent le dictionnaire en ligne pour répondre rapidement à leurs questions. La psychologue Pauline de Saboulin Bollèna précise que les enfants surdoués aiment aussi jouer avec le dictionnaire, chercher des mots au hasard et les apprendre.

Un besoin d’autonomie constant

Lorsque ces enfants s’intéressent à un sujet, ils veulent aller loin, vite et de manière autonome. Naïma Page explique que leur appétence pour l’exploration profonde fait qu’ils préfèrent souvent travailler seuls en classe. Cela se manifeste dès l’école élémentaire et perdure au secondaire. Ils dépassent souvent les consignes ou inventent leurs propres méthodes.

Cette recherche d’autonomie peut rendre certaines situations difficiles. Naïma Page résume : « Ils ne veulent pas travailler en groupe. » Arielle Adda, psychologue spécialisée dans les HPI, ajoute que ces élèves sont souvent mieux seuls, car ils ont leur propre rythme, sont en avance et peu intéressés par les bavardages ou centres d’intérêt des autres.

Pourquoi le travail en groupe les fatigue autant

Lorsqu’un travail en groupe leur est imposé, un schéma se répète. « Ils font tout le travail seuls, car ils avancent plus vite, comprennent rapidement et s’agacent de voir les autres traîner », explique Arielle Adda. Naïma Page précise que leur cerveau fonctionne rapidement et qu’ils considèrent souvent qu’expliquer ou attendre les autres est une perte de temps. Cela peut donner le sentiment d’être exploité ou de se sentir prisonnier du groupe.

Les documents pédagogiques rappellent que ces enfants acquièrent et retiennent l’information très vite. Ils supportent mal la lenteur ou la répétition. Lorsqu’ils sont dans un groupe bruyant ou lent, ils se lassent, prennent tout en charge ou se coupent des autres. Certains préfèrent alors se retirer ou cacher leurs facilités pour ne pas être perçus comme ceux qui « font tout ».

Des pistes pour adapter le travail en groupe

Dans certaines écoles, comme celles de l’Iféa qui accueillent de nombreux élèves à haut potentiel, l’approche privilégie la différenciation. Naïma Page explique qu’ils proposent des projets en autonomie ou des défis supplémentaires pour satisfaire leur besoin d’exploration. L’objectif est de leur permettre de continuer à explorer tout en restant connectés à la classe.

Dans d’autres établissements, certains enseignants organisent des binômes spécifiques plutôt que de grands groupes ou confient à l’élève HPI un rôle précis, sans lui faire faire tout le travail. D’autres encore autorisent ces élèves à mener une partie de la tâche seul, avec un niveau d’exigence plus élevé. Ces aménagements visent à rendre le travail collectif supportable, voire bénéfique, pour ces profils exceptionnels.