« J’ai attendu que mes enfants soient grands pour divorcer et je le regrette » (Valérie 51 ans)

Mariée très jeune, elle a longtemps pensé que sa vie était toute tracée : un mari, trois enfants et un grand appartement familial. Mais derrière cette existence bien installée, les années ont peu à peu fait naître un profond mal-être. Aujourd’hui divorcée, elle raconte comment cette séparation tardive a tout changé.

ai rencontré Jean-Philippe quand j’avais 24 ans. Je venais tout fraîchement d’arriver à Paris, envoyée par ma famille, bourgeoise, pour trouver une « place » dans le grand monde. Je logeais alors chez des amis à eux, dans une sublime maison de Suresnes où l’on recevait beaucoup. C’est là qu’un soir, j’ai croisé le regard d’un jeune architecte, venu accompagner ses parents à un dîner que mes hôtes donnaient. Son père et mon père étant eux-aussi architectes, la conversation s’est faite très naturellement. Je le trouvais tellement beau, avec ses grands yeux bleus et ses longues mains… On s’est mariés un an plus tard, et je lui donnais un premier enfant l’année suivante, à 28 ans.

Ma première fille fut assez vite suivie d’une seconde, puis d’un garçon arrivé alors que j’avais 34 ans. Tout au long de ses années de parentalité, notre couple s’est effrité, principalement parce que je n’aimais pas du tout sa manière d’éduquer les enfants. Il était froid, très sévère, et souvent méchant. Il dénigrait le corps de nos filles, trop « plates », les capacités intellectuelles de notre garçon, un « abruti », et moi, qui avait grossi, ne recevait plus aucune attention de sa part. Il rentrait souvent très tard. Pour autant, je crois qu’il se plaisait dans cette vie-là, finalement très proche de ce qu’il avait toujours connu avec ses parents. Peu de sentiments, juste des règles à suivre. Cela m’a rendu profondément acariâtre, je n’avais presque pas d’amies. Mon temps se résumait à aller au travail et à élever nos trois enfants. M’assurer qu’ils réussissent à l’école, que les filles ne fassent pas de bêtises avec les garçons, qu’ils aillent au conservatoire, au catéchisme, qu’ils soient polis, bien habillés, bien coiffés. Je m’épuisais à vue d’oeil.

« L’idée du divorce me taraudait mais me semblait impossible »

Je crois que je n’aimais déjà plus mon mari quand notre fils est né. Mais ça m’est apparu de manière vraiment évidente quand il a eu environ 10 ans. C’était un enfant sensible et fragile, qui souffrait du manque d’affection de son père. Il était triste, renfermé, presque absent. Pendant qu’il était au collège, et alors que ma première fille passait son bac, suivie de la deuxième deux ans plus tard, l’idée du divorce me taraudait. C’était à la fois évident, et en même temps impossible. Quitter notre 125 mètres carré à Asnières pour aller dans un 30 mètre carré avec mon dernier fils ? Avec mon salaire de documentaliste, je ne pouvais pas vraiment prétendre à mieux. Et de toute façon, il était hors de question que je quitte ma maison, celle que je tenais depuis 20 ans, celle que j’avais façonné dans les moindres détails. C’était chez moi, point.