Pourquoi les femmes subissent-elles des douleurs chroniques plus longtemps ?

Pourquoi les femmes souffrent-elles plus longtemps de douleurs chroniques ?

Après une blessure, comme une entorse ou une opération, la douleur diminue généralement avec le temps. Cependant, chez certains, cette sensation persiste pendant des semaines, voire des années, et devient une douleur chronique. Ce type de douleur est diagnostiqué lorsque les symptômes durent plus de trois à six mois après l’incident initial. Elle peut perturber le sommeil, le travail et la vie quotidienne.

Les études montrent que les femmes sont particulièrement touchées par ces douleurs chroniques. En effet, elles représentent entre 60 et 70 % des patients suivis pour ces douleurs à long terme. Longtemps, cette différence a été expliquée par des facteurs comme la sensibilité ou le stress, sans preuve biologique concrète. Aujourd’hui, des recherches récentes apportent un éclairage nouveau sur cette disparité.

Une origine liée au système immunitaire

Une équipe de neuroimmunologie de l’Université d’État du Michigan, dirigée par le Professeur Geoffroy Laumet, a découvert que la clé réside dans le système immunitaire. Leur étude, menée sur des souris et des victimes d’accidents de la route, a été publiée en 2026 dans la revue Science Immunology. Elle révèle un mécanisme précis, impliquant certains globules blancs, ou leucocytes.

Jusqu’à présent, on pensait que l’écart entre les sexes s’expliquait principalement par des facteurs psychologiques ou sociaux. Mais ces nouveaux travaux montrent que le système immunitaire joue un rôle essentiel dans la différenciation de la douleur chronique entre hommes et femmes.

Le rôle des monocytes et de l’IL-10 dans la modulation de la douleur

Les chercheurs ont analysé une molécule anti-inflammatoire nommée interleukine-10, ou IL-10. Cette cytokine, qui participe à la régulation de l’inflammation, ne se contente pas de calmer la réponse inflammatoire. Elle agit aussi directement sur les neurones responsables de la sensation de douleur, pouvant les mettre en mode « Off ».

Les expériences indiquent que l’IL-10 est principalement produite par des monocytes, un type de globules blancs circulant dans le sang. Chez les hommes, ces monocytes produisent davantage d’IL-10, ce qui facilite la récupération après une blessure. Chez les femmes, cette réponse est plus faible, ce qui explique en partie la persistance de la douleur.

La testostérone, un facteur de récupération

Un autre élément identifié par l’étude est la testostérone. Cette hormone, présente en plus grande quantité chez les hommes, stimule la production d’IL-10 par les monocytes. Lors d’expériences sur des souris, le blocage de la testostérone a annulé cet avantage. Inversement, l’administration de testostérone aux femelles a accéléré leur récupération.

Ce mécanisme suggère que les femmes disposent d’un « bouton d’arrêt » de la douleur moins facilement activé. Les chercheurs envisagent déjà des pistes thérapeutiques ciblant ces globules blancs ou cette molécule, afin d’améliorer la capacité naturelle du corps à arrêter la douleur, sans avoir recours systématique aux opioïdes.

Une nouvelle perspective pour traiter la douleur chronique

Selon Geoffroy Laumet, ces résultats offrent une orientation prometteuse pour prévenir et traiter la douleur chronique. Cependant, des essais cliniques restent nécessaires avant de développer de nouveaux traitements efficaces.

Une perception biaisée de la douleur chez les femmes

Il est également aujourd’hui établi que le corps médical a tendance à moins prendre au sérieux la douleur ressentie par les femmes. Fin 2024, une étude dans la revue Pnas montrait que les soignants percevaient souvent les femmes comme étant dans l’exagération, alors qu’ils considéraient les hommes comme plus stoïques face à la douleur.

Ces préjugés ont des conséquences concrètes : lors d’analyses de plus de 21 000 visites aux urgences, il a été constaté que les femmes étaient moins souvent prises en charge ou traitées pour la douleur. Elles attendaient en moyenne 30 minutes de plus et recevaient moins souvent des anti-douleurs que les hommes.