L’amour a-t-il une date de péremption après 68 ans

Une étude sur l’âge et le sentiment amoureux

Selon une étude menée par la plateforme de rencontres américaine Tawkify auprès de près de 1 000 personnes, il existerait une limite d’âge au-delà de laquelle tomber amoureux ne serait plus possible ou pertinent. En moyenne, les répondants fixent cette limite à 68 ans. Cependant, cette statistique révèle surtout des différences selon les générations et soulève une question essentielle : l’amour peut-il réellement disparaître avec l’âge ou s’agit-il d’une illusion collective ?

Une limite fixée à 68 ans

Une perception culturelle plutôt qu’une réalité biologique

Les participants à l’enquête estiment qu’à partir de 68 ans, les rencontres amoureuses perdraient de leur importance. Ce chiffre peut sembler arbitraire, mais il reflète une vision culturelle de l’amour. Selon cette perception, l’amour serait étroitement lié à la jeunesse et s’éteindrait avec l’âge. Pourtant, cette limite n’est pas basée sur des données scientifiques, mais sur des représentations sociales. Elle traduit l’idée que les élans affectifs appartiendraient principalement aux premières décennies de la vie.

Des différences selon les générations

Ce seuil de 68 ans varie selon les générations. La génération Z, par exemple, le fixe à 62 ans, croyant que l’amour appartient surtout à la jeunesse. Les millennials le situent à 68 ans, tandis que la génération X le considère autour de 63 ans. Les baby-boomers sont plus optimistes : ils fixent la limite à 71 ans et près d’un cinquième d’entre eux pensent qu’il n’y a pas de limite d’âge à l’amour. Ces différences montrent que la perception du sentiment amoureux évolue avec l’âge et l’expérience. Plus on vieillit, plus on admet que l’amour peut surgir à tout moment.

Une question qui remet en cause nos croyances

Ce sondage soulève une question importante : pourquoi associer l’amour à une date de péremption ? La croyance en une limite d’âge est liée à une vision du vieillissement comme une période de déclin, où les désirs et les élans affectifs disparaissent. Pourtant, de nombreux témoignages montrent que l’amour peut revenir tardivement, parfois avec une intensité nouvelle. Cette idée remet en question notre rapport à l’âge et à la société. En pensant qu’au-delà d’un certain âge l’amour n’a plus de sens, on réduit la vie à des phases figées, alors que la vie affective reste mouvante et imprévisible.

Ce que disent les psychologues : l’amour n’a pas d’âge

Un amour intemporel selon Amélie Boukhobza

La psychologue Amélie Boukhobza rappelle que l’amour ne dépend ni d’une énergie de jeunesse ni d’une performance biologique. Selon elle, aucune zone du cerveau ne se ferme à 68 ans pour interdire le sentiment amoureux. Aimer reste une expérience universelle qui peut apparaître à tout âge, parfois même avec plus d’intensité lorsque les distractions de la jeunesse s’estompent. Elle souligne que l’amour est avant tout une question de rencontre et de disponibilité intérieure, indépendamment de l’âge.

Les changements liés à l’âge : des conditions, pas des sentiments

Avec le temps, ce ne sont pas les émotions qui disparaissent, mais plutôt les conditions dans lesquelles elles s’expriment. Les expériences passées, les ruptures ou les désillusions peuvent rendre l’amour plus risqué sur le plan intérieur. Aimer implique toujours de s’exposer, d’espérer et parfois de perdre le contrôle. Ce risque peut sembler plus lourd avec l’âge, mais il demeure valable tout au long de la vie. Ainsi, ce n’est pas l’amour qui devient impossible, mais la prise de risque affective qui peut paraître plus difficile. Cela ne ferme pas la porte à de nouvelles rencontres, mais en modifie simplement les contours.

Une nouvelle façon d’aimer, pas la fin de l’amour

Selon la psychologue, ne plus vouloir aimer « comme avant » ne signifie pas ne plus pouvoir aimer. Avec l’âge, l’amour peut devenir plus lucide et moins idéalisé, mais il conserve sa capacité à bouleverser un équilibre. La confusion entre amour et performance physique ou sexuelle entretient l’idée d’une limite d’âge. En réalité, le sentiment amoureux concerne bien plus que la séduction : il touche l’attachement, l’imaginaire et la projection. La maturité permet d’aimer autrement, avec plus de profondeur et moins d’illusions, ce qui ne réduit pas la force de l’amour mais en transforme la nature.